Des rebelles touaregs de la coalition du Front de libération de l'Azawad (FLA) à Kidal, le 26 avril 2026 au Mali ( AFP / - )
Les rebelles touareg au Mali, alliés aux groupes jihadistes, ont pris le contrôle de la ville-clef de Kidal dans le nord, après une série d'attaques d'ampleur contre des positions stratégiques de la junte, plongeant le pays dans l'incertitude sur le devenir du régime militaire.
Le pouvoir malien se trouve dans une situation critique et sans précédent depuis le coup d'État de 2020: le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué, et le général Assimi Goïta, chef de la junte, n’a pas été vu et n'a pas pris la parole depuis le début des hostilités samedi matin.
Le Mali est donc plongé dans une grave crise sécuritaire après cette série d'attaques lancées par des jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) et la rébellion indépendantiste touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA).
Vaste pays sahélien, le Mali est en proie depuis 2012 aux conflits et aux violences jihadistes.
"Le but de l’ennemi était de conquérir le pouvoir, en démantelant les institutions de la République", a affirmé lundi le Premier ministre Abdoulaye Maiga, lors d'une conférence de presse diffusée par la chaîne publique, ORTM.
Il a assuré que des "enseignements" seraient tirés de ces évènements pour apporter "les correctifs nécessaires pour une meilleure sécurisation" du pays. M. Maiga a également appelé les populations à ne pas céder à la "panique".
Ni le FLA ni le JNIM n'avaient toutefois revendiqué vouloir prendre le pouvoir.
La France a de son côté exprimé "sa préoccupation" après ces attaques, selon une source diplomatique française. Paris "condamne avec la plus grande fermeté les violences commises à l'encontre des civils" et souhaite "qu'une paix et une stabilité durables soient instaurées au Mali".
Lundi matin, la ville-clef de Kidal (nord) s'est réveillée pour la première fois depuis sa reprise il y a trois ans par l'armée malienne aux mains des rebelles du FLA, groupe indépendantiste réclamant le territoire de l'Azawad dans le nord du Mali.
Kidal a en effet été sous le contrôle de groupes rebelles pendant plusieurs décennies avant de revenir dans le giron de l’État malien en novembre 2023, à la faveur d'une offensive de l'armée appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner (devenu Africa Corps depuis).
Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, lors d'une réunion des ministres de l'Alliance des Etats du Sahel (AES, à Ouagadougou, le 15 février 2024 au Burkina Faso ( AFP / FANNY NOARO-KABRÉ )
Sur des images authentifiées par l'AFP, on peut voir dimanche un groupe de rebelles appartenant au FLA, en turbans et armés, regroupés et paradant autour d'un rond-point dans la ville de Kidal. D'autres photos montrent des membres du groupe séparatiste en train de monter dans des pick-up équipés de mitrailleuses.
Le FLA a annoncé être parvenu à un "accord" permettant aux mercenaires russes de l'Africa Corps de se retirer de Kidal.
Selon un élu local, les Russes devraient quitter le pays en passant par la Libye.
- "Repositionnement" -
Dimanche soir, le chef d'Etat-major de l'armée avait de son côté annoncé une "réadaptation" et un "repositionnement" du dispositif militaire dans la localité d’Anéfis, à 100 kilomètres de Kidal, dans une déclaration sur la chaîne publique ORTM.
Des rebelles touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) rassemblés sur un rond-point à Kidal, dans le nord du Mali, le 26 avril 2026 ( AFP / abdollah Ag Mohamed )
Après deux jours de combats intenses entre l'armée malienne et les groupes armés, le calme est revenu lundi à Kati, ville-garnison située à une quinzaine de kilomètres de Bamako, la capitale, ont constaté des journalistes de l'AFP.
A Bamako, l'activité semblait avoir repris lundi matin, les marchés, les écoles et les bureaux étaient ouverts, tandis que la population semblait vaquer à ses occupations.
Plusieurs barrages qui avaient été érigés dans la ville par l'armée ont été levés, a constaté l'AFP. Mais des militaires en tenue de combat et lourdement armés étaient encore visibles dans la capitale.
De la fumée noire au-dessus de bâtiments à Bamako, au Mali, le 26 avril 2026 ( AFP / - )
Aucun tir n'a été entendu lundi à Kati, où les affrontements faisaient encore rage la veille. Des débris de voitures calcinées et des impacts de balles y sont toutefois visibles, témoignant de la violence des combats, a constaté l'AFP.
- Deuil national -
Des rebelles touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) à l'arrière de pick-ups à Kidal, dans le nord du Mali, le 26 avril 2026 ( AFP / abdollah Ag Mohamed )
C'est dans le fief de la junte, à Kati, que le ministre de la Défense Sadio Camara, 47 ans, un des principaux responsables de la junte, a été tué samedi lors des attaques "terroristes" par "un véhicule piégé conduit par un kamikaze" ayant ciblé sa résidence, a annoncé le gouvernement dans un communiqué dimanche soir.
Les autorités militaires ont décrété deux jours de deuil national à son hommage.
Dans un communiqué, la Coalition des forces pour la République (CFR), mouvement auquel appartient l'influent imam malien en exil Mahmoud Dicko, a réclamé la "démission" de la junte et l'ouverture d'une "transition civile, républicaine et inclusive", exhortant à "empêcher l'effondrement du pays".
Cette situation au Mali depuis samedi – attaques coordonnées d'ampleur et présence des groupes armés dans plusieurs villes, décès du ministre de la Défense - est sans précédent depuis près de 15 ans et les évènements de mars 2012.
A l'époque, des rebelles indépendantistes touareg, vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle des villes de Kidal, Gao puis Tombouctou, dans le nord.
Le seul bilan annoncé par le gouvernement date de samedi soir, lorsque les autorités avaient annoncé 16 blessés civils et militaires et des "dégâts matériels limités". Au vu de la violence des combats, le bilan réel pourrait être nettement plus lourd, notamment parmi les civils.
Les autorités ont affirmé avoir tué plus de "200 terroristes sur l'ensemble des zones attaquées". Un bilan qui n'a pas été confirmé par le JNIM ni le FLA, et qu'il n'a pas été possible de confirmer de source indépendante.

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